17 juin 2008
Souvenirs d'une vie inattendue, de Reine Noor
La Reine Noor est la quatrième femme du roi Hussein de Jordanie. Américaine issue d’une famille d’origine arabe (son grand-père a émigré de la Syrie au Texas) Lisa Halaby, jeune femme indépendante et moderne, va épouser le roi Hussein en 1978. Elle a 26 ans, lui 42, il est veuf de sa troisième femme et a déjà 8 enfants.
Elle va devenir musulmane, va se plonger dans la culture et l’histoire de son pays d’adoption. Elle nous fait part de ses doutes et de ses difficultés à faire face aux différences culturelles et à son rôle de reine "Je commençais cependant à prendre la mesure de l'existence qui m'attendait. En tant que jeune mariée, je passerais par des moments difficiles, souvent douloureux. Je pénétrais dans un monde complexe sur lequel je n'aurais que très peu de contrôle. J'avais épousé un homme que j'adorais, mais dont l'emploi du temps était si rempli, l'attention était tellement sollicitée qu'aucun effort supplémentaire ne pouvait lui être demandé. En rentrant à Amman, j'avais compris que je ne devrais compter que sur moi même".
Elle va trouver sa voie en axant son action vers les domaines de l’éducation, de la protection de l’enfance, de la place des femmes dans la société et de la défense de l’environnement. La reine Noor nous raconte aussi une vie au cours de laquelle elle voyage aux quatre coins de la planète et fait la connaissance de la plupart des grands de ce monde. Une vie ou elle essaye de mener à bien ses rôles de femme, mère et reine.
Elle raconte surtout le combat mené par le roi de Jordanie pour obtenir des dirigeants arabes qu’ils s’unissent dans la Paix, des Palestiniens qu’ils renoncent à la violence et des Etats-Unis qu’ils jouent le rôle de médiateurs impartiaux.
On en apprend ainsi beaucoup sur le conflit israélo-palestinien, les relations avec la Syrie, l'Irak, l'OLP et les autres voisins de la Jordanie. "Il avait la ferme volonté de soutenir toute initiative susceptible de faciliter l'instauration de la paix au Moyen Orient, mais il était convaincu qu'on n'y parviendrait que si le droit à l'autodétermination des Palestiniens était reconnu et si les territoires occupés leur était rendus."
Quand je lis aujourd'hui dans le journal, en entrefilet, ces deux actualités :
- "Israël planifie la colonisation du grand Jérusalem : Plus de 200.000 Israéliens se sont installés dans une douzaine de quartiers édifiés sur des terres confisquées aux Palestiniens"
- "Israël et la Syrie vont poursuivre leurs pourparlers"
je me rends compte que les conflits du Moyen Orient occupent malheureusement toujours le devant de la scène.
L’examen fait par la reine Noor des événements des deux dernières décennies est très intéressant et permet de mieux comprendre l'actualité. Présenté du point de vue "arabe", cela nous change des commentaires européens souvent pro-israélien.
Bref, un livre que j'ai lu pour préparer un voyage que je vais faire en Jordanie en juillet, et qui m'a permis de mieux cerner le rôle de ce pays dans le Moyen Orient.
21 mai 2008
Hussein père et fils, de Habib Randa
Petite information perso : je vais me rendre en juillet en Jordanie pour faire un voyage-treck pendant 10 jours. En plus de tous les guides de voyages que je consulte, j'avais envie de me documenter sur l'aspect plus politique du pays. J'ai donc emprunté ce livre à la bibliothèque, qui a le grand avantage d'être paru récemment et de retracer l'histoire du pays dans le dernier quart de siècle.
L'auteure, Randa Habib, est journaliste à Amman depuis 1980. Elle a accompagné le roi Hussein dans ses nombreux déplacements et c'est à elle que le roi Abdallah a accordé son premier interview.
Le roi Hussein a été intronisé en 1952 à 18 ans. On ne donne pas cher de sa peau, lui qui hérite d'un État qui a moins de 30 ans, et de la Cisjordanie, un état qui n'est pas le sien. Contre toute attente, il sera un grand chef d'état Arabe. Les Jordaniens étaient très proches de leur roi qui avait une gestion du pays assez paternaliste. Mais il a surtout eu une approche très politique pour réussir à faire exister son pays grâce à la stabilité et à la sécurité. Il a fallu gérer la Cisjordanie, le conflit israélo-palestinien (beaucoup de palestiniens vivent en Jordanie), le Hamass et la fièvre islamiste, les prétentions syriennes et irakiennes, l'OLP... La poignée de main de paix avec Yitzhak Rabin est un des grands moments de son règne.
En 1999, Abdallah, fils aîné de Hussein, lui succède. Cela ne fait qu'un mois qu'il a été promulgué prince héritier à la place du frère du roi, Hassan. C'est un jeune homme de son temps. Il a 37 ans, et estle fils du deuxième mariage du roi avec une anglaise. Il a fait une partie de ses études en Angleterre et aux Etats Unis . Il hérite d'un royaume assez stable politiquement mais très dépendant économiquement, la Jordanie n'ayant pas de richesse . Son but est de réformer l'économie et de moderniser la société. Il veut ancrer son pays dans le XXI siècle. Mais cette réforme s'accompagne d'une augmentation des riches au détriment de la classe moyenne. Cela contribue à développer la frustration des arabes anti-américains. De plus, la modernisation du pays se heurte à l'intransigeance de la part des islamistes fondamentaux. Le monde occidental retient surtout de la Jordanie la beauté de la reine Rania et on oublie sans doute un peu trop vite l'autorité du roi et son interdiction de se voir critiquer dans les médias sous peine d'emprisonnement.
Les attaques du 11 septembre 2001 ont marqué un tournant, le roi Abdallah les ayant condamnés contrairement à une partie des Jordaniens islamistes.
"Abdallah a entrepris de transformer son pays en paradis pour investisseurs. Face au terrorisme et aux premiers signes de grogne populaire" le jeune roi n'a pas une partie facile à jouer.
Le style est assez journalistique, et un même thème va être repris plusieurs fois dans des chapitres différents. Malgré cet aspect, j'ai bien avancé dans ma connaissance de ce pays et des difficultés de sa situation géographique (entouré par Israël, la Syrie, l'Irak, l'Arabie Saoudite et proche du Liban et de l'Egypte.
Maintenant, j'aimerai lire un livre sur la création de l'Etat, le rôle historique de la Jordanie dans la gestion des lieux saints musulmans de Jérusalem, et sur la dynastie Hachémite... Si vous avez des titres à me proposer, n'hésitez pas, je suis preneuse.
15 mai 2008
Le château de verre, de Walls Jeannette
Autobiographie de l'auteure. Celle-ci, née en 1960, elle est actuellement journaliste à New York.
Elle nous raconte son enfance chaotique, élevée avec ses deux soeurs et son frère par des parents marginaux qui rejettent la société de consommation. Ils vont vivre dans des bouges infâmes, sans eau et électricité, dormir à la belle étoile dans le désert, survivre en faisant les poubelles pour manger.
Rex, le père, ancien pilote d'avion, sombre dans l'alcoolisme à la suite du décès d'un de ses enfants. Il vit dans un monde de rêve, promettant à ses enfants la construction d'un château de verre dans lequel ils vivront tous heureux. Rose Mary, la mère, artiste peintre, rejette une éducation stricte et refuse de travailler (elle est institutrice). Elle veut que ses enfants se débrouillent par eux même.
Même si cette éducation a sûrement fait des dégâts psychologiques chez ses 4 enfants, ils ont su (en tout cas pour trois d'entre eux) trouver les ressources nécessaires pour se séparer de leurs parents et s'en sortir. Cette ressource et cet équilibre, ils vont le trouver dans le formidable amour que leurs donnent leurs parents. Car même si ils pensent plus à eux qu'à leurs enfants, ils ont toujours un geste d'amour pour que la famille reste unie.
J'ai trouvé ce livre légèrement trop voyeuriste (il faut dire que Jeannette Walls a décidé de l'écrire après avoir croisé sa mère faisant les poubelles alors qu'elle même se rendait en robe de soirée à un dîner de gala), mais on y trouve aussi de la poésie, du rêve et surtout l'amour immense d'une fille pour son père.
Vous pouvez allez voir un interview de l'auteure (en anglais) ici
Extraits : "Maman disait toujours que les gens se font trop de souci à propose de leurs enfants. C'est bien de souffrir quand on est jeune, expliquait-elle. Cela immunise le corps et l'âme, et c'est pourquoi elle ne prêtait pas attention à nos pleurs. Se précipiter auprès des enfants dès qu'ils pleurent, ça les encourage à continuer, soutenait-elle. Cela contribue au renforcement positif d'un comportement négatif"
"Maman dit que papa n'a plus vraiment été le même après la mort de Mary Charlene. Il a commencé à avoir des périodes de cafard, à traîner dehors, à rentrer ivre à la maison et à perdre ses emplois."
08 mai 2008
Ma vie rebelle, Ali Ayaan Hirsi
parution 10/2006 - 500 p - prévu bientôt en poche -
Autobiographie. Ayaan Hirsi Ali est né en Somalie, en 1970, d'un père opposant à la dictature de Siyad Barré. Elle va connaître très jeune la vie de réfugiée, en Arabie Saoudite, en Ethiopie et au Kenya. Sa mère, et surtout sa grand-mère, l'élève dans le respect et la peur de la religion musulmane. Elle sera excisé à 5 ans, comme toutes les petites filles de son clan. "Cela donnait lieu à beaucoup de fanfaronnades. Chacune se vantait d'être cousue plus serré que les autres, ce qui la rendait plus pure, doublement virginale. Jawavir, surtout, était très fière de sa circoncision - elle en parlait sans cesse. "Tu vois la paume de ma main? disait-elle. C'est comme ça sur moi. Plat. Fermé"
A l'adolescence, elle se tourne vers Dieu et la religion, porte un hijab... mais petit à petit, son esprit critique prend le dessus. C'est surtout la sous-condition des femmes qui la heurte. Elle refuse la mariage arrangé par son père et s'enfuit, seule, au Pays Bas. Elle a 22 ans. Là, réfugiée, elle va pouvoir entamer des études de sciences politiques et, devenu de nationalité néerlandaise, être élu au Parlement.
Son combat est celui de l'oppression des femmes musulmanes, qu'elles comprennent que leur souffrance est inacceptable. Elle veut aussi lancer un débat sur la réforme de certains aspects de l'islam, permettre à ses membres de se poser des questions et de critiquer leurs croyances.
En 2004, elle tourne avec Théo Van Gogh un court métrage "Submission, Part1", ou elle décrit la soumission des femmes musulmanes. Deux mois après le tournage, Théo est assassiné par un musulman, et elle est obligé de vivre avec deux gardes du corps en permanence.
Aujourd'hui émigré aux Etats-Unis, elle souhaiterait pouvoir revenir en Europe. Elle a été récemment reçue par Rama Yade qui es intervenue en sa faveur pour que le Parlement Européen paye le prix de sa surveillance.
Livre très fort, poignant et courageux, ou elle décrit très bien le système de l'intégration : la possibilité de tomber dans l'intégrisme, de ne pas vouloir s'intégrer dans un pays. Elle est aussi très critique vis à vis de l'islam, religion qu'elle ne pratique plus.
C'est un livre à lire, pour mieux comprendre une partie du monde qui nous entoure
Extraits : Avec Ellen, nous discutions souvent de religion. Sa relation avec Dieu, fondée sur le dialogue et l'amour, formait un contraste frappant avec la peur et la soumission qui caractérisaient la mienne. Ellen avait grandi dans une famille protestante fondamentaliste : ses parents étaient membres d'une secte réformiste très stricte. Ils allaient à l'église deux fois tous les dimanches et l'obligeaient à porter des jupes longues. Elle avait eu besoin de prendre de la distance; à présent, elle cherchait une nouvelle façon de vivre sa foi et se posait beaucoup de questions. De mon côté, je trouvais sa religion beaucoup moins restrictive que l'islam que je connaissais - beaucoup trop commode et attrayante en fait, pour être vraie.
Haweya et moi lisions sans arrêt. Mahad lisait aussi - et si nous lui rendions un service, il nous prêtait les romans à suspense de Robert Ludlum empruntés à ses copains. Plus tard vinrent les romans d'amour, Barbara Cartland, Dannielle Steele. Toutes ces lectures, même de qualité médiocre, véhiculaient des idées- égalité des races, égalité des sexes - et les concepts de liberté, de lutte, d'aventure qui m'étaient inconnus. Même nos bons vieux livres de biologie et de sciences naturelles semblaient nous indiquer la voie : progresser dans les connaissances et chercher à faire avancer l'humanité.
Je lui ai dit que j'avais des remords quand je pensais à ce que j'avais fait à mes parents : je m'étais montrée si égoïstes. Mais elle m'a répondu que j'avais eu raison de faire passer mon intérêt en premier. Prendre sa propre vie en main n'a rien d'égoïste : tout le monde a droit au bonheur. J'avais fait le bon choix. Cela m'a réconfortée : après tout, je n'étais peut-être pas si mauvaise. Pour les musulmans, la vie sur terre est une mise à 'épreuve. L'objectif n'est pas d'être heureux mais de montrer au contraire qu'on peut renoncer à son intérêt personnel, servir Allah, et gagner ainsi sa place au paradis. Plus notre abnégation est profonde, plus notre vertu est grande.
07 avril 2008
Dieulefit ou le miracle du silence, de Vallaeys Anne
En fait, je cherchais un cadeau à offrir à une amie qui va nous recevoir pendant les vacances... je ne sais pas pourquoi (!!!) mon dévolue c'est porté sur un livre... Comme le père de cette amie habite à Dieulefit et qu'elle y passe ses vacances, je suis tombée sur ce titre. Bon, je sais que ça ne se fait pas (vous le faites vous?) je l'ai lu avant de lui offrir !
C'est l'histoire d'un village en Drôme provençale et celle, en parallèle, de femmes qui ont accueillis, cachés, falsifiés les papiers de résistants, juifs, réfugiés de tous horizons.
Il y a la forte tête : mademoiselle Marguerite Soubeyran, qui décide, avant la guerre, d'ouvrir une école à Dieulefit. Une école destinée à tous les enfants laissés pour compte par le système scolaire. Une école sans grillage, ou chacun apprend à sa vitesse. Et puis il y a Catherine Kraft, premier amour, qui la suit dans l'aventure et reste quand ce ne sont plus des enfants en difficultés scolaires qui composent l'école, mais des enfants aux origines pourchassées. Il y a aussi Simone Monnier, dernier coup de coeur de Marguerite, qui formera avec celle ci un couple de "grand-mère" accueillant. Et puis il y a Jeanne Barnier, jeune secrétaire de mairie qui va falsifier des papiers en grand nombre. Mais au-delà de ces quatre personnages, il y a tout le village de Dieulefit qui fit corps.
Anne Vallaeys enquête sur ces 4 années ou la population de Dieulefit passa de 2.500 à 5.000 personnes. Le bourg accueillait ainsi autant de pourchassés qu'il comptait de natifs. Pas un seul ne sera arrêté. Nul ne sera dénoncé. Cela vient-il de la religion des habitants, pour la plupart protestants, qui ont connu dans leur histoire de nombreuses persécutions?
Bon livre qui se lit comme un roman. Mais sûrement plus passionnant quand on connaît la région....
Extraits :
"Ça n'était un secret pour personne. Mademoiselle Soubeyran ne dissimulait pas ses opinions, son action, tout le monde était au courant. On bavardait partout. Quand j'y songe, j'en frémis encore. Au fond, nous étions un petit pays tranquille, un cercle fermé, mais les gens de Dieulefit n'ont jamais rien dit. On pourrait appeler ça : le miracle du silence."
"Hébergé à la pension Beauvallon, Aragon assistera à la fête de fi d'année de l'école. Le dimanche 5 juillet, il lut des vers de Brocéiande, son prochain recueil. A son tour, il écrit dans le livre d'or :"En juillet 42, aux sombres heures de France, merci aux fées de Beauvallon de tranquillement démontrer qu'il n'y a aucune raison de désespérer de l'homme et de ses possibilités infinies, et d'assurer cet avenir qui vaut qu'on meure puisqu'on nous assure que la France vivra.""
15 février 2008
Les disparus, de Mendelsohn Daniel
parution 08/2007 -640 p - traduit de l'américain
Que dire de ce pavé, si ce n'est qu'il m'a touché et m'a fait réfléchir à la transmission de l'Histoire par nos "anciens".
Je l'ai rangé dans la catégorie "récit", car il s'agit d'une quête. Celle effectuée par Daniel Mendelsohn pour essayer de retrouver l'histoire d'un de ses oncles, tués avec sa famille lors de l'holocauste.
La famille de Daniel, juive pratiquante, s'est installée aux États Unis dans les années 30. Tous, sauf un oncle, l'aîné, resté au pays. Ce pays c'est un petit bout de terre coincé entre la Pologne et l'Ukraine. L'oncle y vit d'un commerce florissant de boucherie. Il est marié, il a 4 filles. Ils disparaîtront tous au cours de la guerre. Cela Daniel le sait. Mais il ne sait pas comment, pourquoi, que c'est-il passé exactement? "
Il va donc partir à la rencontre des survivants, ceux qui ont connu cette famille et qui s'en souviennent malgré les nombreuses années passées. Et ce qu'il cherche, au delà des dates, ce sont des anecdotes, des petites choses qui, misent bout à bout, rendront cette famille "vivante" et permettront de changer des faits bruts en histoire. "Lorsque vous êtes arrivés ici aujourd'hui, ma mère voulait se souvenir des dates. J'ai essayé de lui faire comprendre que les dates ne sont pas importantes, ce ne sont pas les dates, mais ce que c'était que d'être là, comment les choses se passaient, qui était mon grand-père - pas sa profession, mais sa personnalité. Elle n'arrive pas à comprendre que vous vouliez connaître des choses triviales, du genre à quoi ressemblait l'école, comment était les professeurs. C'est tellement difficile à expliquer."
Ce livre reprend sa quête, ses trouvailles, ses renoncements et ses voyages de New York à Israël en passant par l'Australie, Vienne aussi ou il visitera un cimetière juif quasiment vide "A coté de ces tombes (presque aucune d'entre elles, avons nous remarqué en y circulant, ne porte de dates postérieures au début des années 1930), se déployait une vaste prairie vide. Nous l'avons regardée fixement pendant un moment, avant de comprendre que la Nouvelle Section était en grande partie vide parce que tous les Juifs qui auraient dû être enterrés là, selon le cours normal des choses, étaient morts dans des circonstances qu'ils n'avaient pas prévues et s'ils avaient été enterrés, l'avaient été dans d'autres tombes moins élégantes qu'ils n'avaient pas choisies."
Au milieu de ces pages, il y a beaucoup de digressions avec des passages de la Torah qui sont expliqués et comparés avec l'histoire de la famille : la jalousie entre cette oncle "aîné" et ses frères mis en parallèle avec l'histoire d'Abel et Caïn...
C'est très intéressant, parfois un peu long. Il faut prendre son temps, y revenir. Je ne dirai pas que c'est un livre majeur (il a été élu meilleur livre de l'année par le magasine Lire), mais il nous permet de voir cette période de l'histoire avec un regard différent, plus humain. "il est plus naturel et plus attrayant pour des lecteurs de comprendre le sens d'un grand évènement historique à travers l'histoire d'une seule famille."
Malgré le fait qu'il est à son opposé, ce livre m'a rappelé "les Bienveillantes" de Jonathan Littel. Ce sont des livres qui font réfléchir, qui sont long à digérer et qui me resteront sans doute très longtemps en mémoire.
Ce livre m'a donné l'envie d'en savoir plus sur ma propre famille, avant que la génération qui a connu cette période de la guerre ne s'éteigne. J'ai donc rendez-vous dans 10 jours avec un frère de ma grand-mère, pour "l'interviewer"... A suivre....
Vous pouvez allez voir la très bonne (dans tous les sens du terme) critique de Lily, et de Sophie, Moustafette, Chaperlipopette, et le Bibliomane
09 novembre 2007
La petite dame en son jardin de Bruges, de Bertin Charles
Merci à Malice qui m'a envoyé ce livre dans le cadre du swap li-thé-rature.
Superbe écriture délicieusement surannée pour raconter l'amour d'un petit fils à sa grand-mère.
Charles Bertin (né en 1919) nous fait le récit des vacances d'été passées avec sa grand-mère dans sa maison de Bruges. Souvenirs de lectures partagées, de promenades, de découvertes. Souvenirs d'une grand mère au caractère bien trempé qui l'a marqué à tout jamais.
Très beau récit plein d'émotion et d'amour ou l'on se retrouve nous-même "un portrait d'une tendresse si sensible et d'une véracité si évidente que nul ne saurait lire ces pages sans aller aussitôt à ses propres souvenirs". Je ne saurais mieux dire....
A lire
Extrait : "Je passais mes vacances auprès d'elle. J'étais à l'époque son unique petit-enfant. Comme il est naturel, elle s'attacha farouchement à moi. De mon côté j'ai le sentiment de lui avoir donné tout l'amour que le coeur d'un garçon de cinq ans était capable de contenir.
Dans une des images les plus anciennes que ma mémoire ait conservées d'elle, je me découvre entre ses bras. Mais à l'instant où elle va m'embrasser -nous sommes presque tête contre tête-, je rejette la nuque en arrière pour suivre doucement de l'index, comme sur l'émail d'une porcelaine précieuse, le lacis des craquelures que les rides dessinent sur la peau des pommettes. Et je me rappelle m'être parfois demandé si, en lui tapotant la joue du bout de l'ongle, le visage de ma grand-mère se mettrait à tinter."
Vous pouvez retrouver d'autres critiques enthousiastes chez Lhisbei et Lily (qui a elle aussi découvert ce livre grâce à Malice ;-))
02 octobre 2007
Si loin du monde, de Raioaoa Tavae
C'est une histoire vraie, un récit de l'incroyable dérive de Tavae, pécheur Thaïtien qui, à la suite d'une panne du moteur de son bateau, est resté 4 mois en mer seul et impuissant, avant de s'échouer sur les îles Cook, à plusieurs milliers de kilomètres de son point de départ.
Très beau livre. Je m'attendais à un livre "récréatif" après mes lectures un peu plus dure, mais j'ai été étonnée par la profondeur de ce récit, j'y ai retrouvé un peu de l'ambiance du "le vieil homme et la mer" .
Tavae est seul, au fil de ses rêveries il va nous parler de sa déception de voir ses fils choisir une autre voie que la pêche, il va parler à Dieu, sa foi restant intact pendant toute sa traversée et l'aidant à tenir "j'avais conscience d'être accompagné par le Seigneur et j'éprouvais le besoin de lui confier mes interrogations, mes inquiétudes, ma joie surtout qui, par instants, me secouait de haut en bas et me laissait tout flageolant comme un vieil arbre dans le vent d'orage". Il va parler à sa femme décédée, aux ancêtres, à son bateau, et à ses minuscules poissons qui le suivent formant dans son sillage "une communauté de vivants qui ne savait pas trop ou elle allait mais se laissait guider par la volonté du ciel".
Même en connaissant la fin, j'ai été émue par les retrouvailles, le retour à la vie.
Extrait : "Le soleil avait commencé à décliner, une houle longue et puissante soulevait mon bateau avec la ponctualité monotone d'un balancier d'horloge. Je restai un moment à contempler le vide hallucinant de ce tableau, guettant inconsciemment, je crois, un indice, un objet, quelconque qui serait enfin à mon échelle. Comme il ne se passait rien, l'idée me traversa que ce pouvait être cela, la mort : cette solitude incroyable, interminable, cette surdité des choses, dans un néant de mer et de ciel confondus. Oui, ça pouvait être cela, la mort. Peut-être avais-je quitté le monde des vivants pour entrer insensiblement dans celui des défunts."
18 août 2007
Dix-huit degrès, de Christophe Jean-Marie
Vous connaissez peut-être Bebebook qui a commencé ce site avec moi avant de voler de ses propres ailes. Un peu débordé, il n'a pas enrichi son blog depuis quelques temps, mais a ... écrit un livre....
Hier, lors d'un dîner, il est arrivé avec un exemplaire tout frais. Il n'a pas encore cherché d'éditeur (si l'un(e) d'entre vous passe par là) et a juste imprimé une petite série via internet.
Tout comme moi, Bebebook passe depuis sa naissance ses vacances d'été en Bretagne, dans un village de la côte d'émeraude. Il raconte dans ce livre tous ses souvenirs d'enfance, qui sont aussi ceux de la génération suivante, puisque "châteaux et barrages", "pêche", "devoirs de vacances", "pluie"... sont indémodables !!! mais il décrit aussi les instants présents que l'on retrouve immuablement chaque été "casino", "vide-grenier" (tient, il a lieu demain, Bebebook et moi même y avons un emplacement..), "travaux", "voile ou moteur"... bref, tous ces petits riens qui font les vacances.
Bebebook a une belle plume, pleine d'humour et de sincérité.
Donc, si comme nous vous passez vos vacances sur la côte Nord ou Bretonne (là ou la mer est froide (d'où le titre) et ou il y a des marées, des tourteaux et des araignées...), vous vous retrouverez avec plaisir et émotion dans tous ces chapitres.
Voici quelques extraits de trois chapitres :
"Dix-huit degrés" :" Elle est bonne ! Elle est délicieuse! Une fois qu'on y est, cela fait vraiment du bien!
Pour célébrer cette eau si bénéfique, bien évidemment personne ne disait jamais : elle est chaude ! Ou alors : comme c'est facile d'y entrer! Plus couramment on obtenait des : elle est gelée ! Ils sont vraiment malades ! Dire qu'elle fait 28 degrés dans le sud !
Pas fous ces précurseurs du dix neuvième siècle qui effectuaient leurs brasses tout habillés, des bassines d'eau de mer chaude les attendant à l'issue de leurs exploits aquatiques."
"Golf miniature" : "L'été avançait, et voilà qu'arrivaient la promesse de quelques jours de pluie, et son corollaire immédiat, de longues après-midi à combler.
[...] L'inventeur du golf miniature n'était probablement pas écossais. Les règles n'en demeuraient pas moins strictes, même si personne ne les appliquait. Muni d'une planchette au bout de laquelle pendait une ficelle et un reste de crayon, et sur laquelle la feuille de score était épinglée, chaque concurrent partait, dans une tenue totalement négligée, à l'assaut du Saint Andrews miniature local. Dix-huit trous dont les incontournables figures étaient le grand droit, le zigzag, le phare, l'escargot, le tunnel, le petit pont, les bosses, le grand virage et le tube de canon."
"Pelles" : "Rutilantes, les pelles nous défiaient dans les devantures des bazars, magasins de jouets et drogueries du coin, parmi les épuisettes, paniers de pêches en osier et sacs de plage en paille.
Rouges, vertes, jaunes ou bleues. En fer, et non pas en plastique comme pouvaient l'être les seaux, moules, tamis et arrosoirs emballés dans des petits filets blancs. Peu importaient les risques, les coups sur la tête, la rouille et les couleurs qui passaient. Une décalcomanie, qui partirait avec le temps, rappelait sur le manche la fabrication française."
Alors allez sur le blog de Bebebook, même si il n'a pas mis de post depuis quelques mois, ça lui fera plaisir d'avoir vos commentaires.
01 février 2007
Jeune fille, de Anne Wiazemsky
Ce livre est présenté comme un roman, mais moi je l'ai classé dans les récits !!!
En 1965, à 18 ans, Anne Wiazemsky va devenir l'égérie d'un cinéaste Robert Bresson, et l'héroïne de son film "au hasard Baltazar".
Elle va vivre avec lui pendant le tournage tout l'été 65 . Les liens qui vont se tisser sont très singuliers : elle est adolescente timide, mélange de coquetterie et de candeur... il est tyrannique, étouffant et envoûtant. Il l'isole du reste de la troupe, la veut toujours près de lui, refuse qu'elle parle avec d'autres.
Plusieurs fois, il va essayer de l'embrasser, elle va toujours s'y soustraire. Le malaise s'installe, mélange de peur et d'attirance, de honte et de désir...
On a parfois l'impression de lire des scènes limites incestueuses entre un père et sa fille.
Cette expérience unique va déterminer l'avenir d'Anne. 40 ans après, elle va nous décrire cette parenthèse qui reste pour elle une des plus heureuse de sa vie.
J'ai été fascinée par la description de ses sentiments complexes. Cette jeune fille qui se laisse étouffer en ayant pour la première fois la sensation d'exister. Cet homme mûr, jaloux et possessif qui tisse sa toile autour d'Anne "pour les besoins du film"...
Je ne sais pas quoi en penser... Très bien écrit, très intéressant mais dérangeant.
Assurément à lire.
Extrait : "[...] il y avait Robert Bresson. Dès que je le retrouvais, la peur s'estompait. Il me parlait avec infiniement de délicatesse, me considérait comme un être précieux doté de qualités que lui seul percevait. Parce que soudain j'existais pour quelqu'un, je me sentais pour la première fois exister et c'était au sens premier du mot bouleversant. C'est peu dire qu'il sut m'apprivoiser. Il tissa, jour après jour un lien subtil qui me retenait attachée à lui. Nous passions du temps ensemble, nous avions de longues conversations au téléphone. Il m'interrogeait à propos de tout, s'irritait des heures loin de lui en compagnie d'amis de mon âge."
Si vous voulez en savoir plus sur l'auteur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Wiazemsky







