le blog des fanas de livres

Une famille passionnée par la lecture et qui veut vous faire partager ses découvertes

14 juillet 2008

La route, de McCarthy Cormac

9782879295916 parution 01 /2008 - 250 p   20268620

Que dire d'un tel livre ! J'hésitais à le lire, trouvant le sujet trop sombre...l'ayant vu disponible à la bibliothèque, et le soleil étant (enfin) au rendez-vous.. je me suis lancée...

Je l'ai avalé en deux jours, sans avoir l'impression de tourner en rond... et pourtant, il ne se passe rien dans ce livre... mais quelle écriture !

Un homme et son jeune fils sont les survivants de l'apocalypse. Ils avancent sans répit vers le sud, les routes sont recouvertes de suie, il fait froid, il n'y a rien à manger, et des bandes de miséreux peuvent à tout moment les surprendre et les tuer pour les manger.

A chaque fois qu'ils rencontrent quelqu'un, ils se cachent, poursuivant vers le sud, vers un improbable eldorado. Le fils, lui, veut aider ceux qu'ils croisent... et le père essaye de lui faire comprendre que leur survie ne tient qu'à un précepte :chacun pour soi.

L'homme garde deux balles dans son revolver, pour ne pas qu'ils tombent vivant sur ces hordes de barbares. Mais si cela arrive, aura-t-il le courage de tuer son fils?

Dans cette noirceur, la bataille pour la vie vaut elle le coup ? Sobre, très très bien écrit, un univers terrible, une odyssée dépouillée, sobre. Une relation père-fils émouvante. Un suspense incroyable et intense. Magique. Je vais avoir du mal à lire un autre livre après celui là. Il va me falloir quelques jours pour respirer.

Le même avis de Sylire, Bellesahi et Sylvie

Extrait : "Il commençait à penser que la mort était enfin sur eux, et qu'ils devraient trouver un endroit pour se cacher où on ne pourrait pas les trouver. Il y avait des moments où il était pris d'irrépressibles sanglots quand il regardait l'enfant dormir mais ce n'était pas à cause de la mort. Il n'était pas sûr de savoir à cause de quoi mais il pensait que c'était à cause de la beauté ou à cause de la bonté. Des choses auxquelles il n'avait plus aucun moyen de penser jamais. Ils étaient accroupis dans un bois sinistre et buvaient de l'eau d'un fossé qu'ils filtraient à travers un chiffon. Il avait vu le petit en rêve allongé sur une planche dans une morgue et s'était réveillé terrorisé. Ce qu'il pouvait supporter à l'état de veille il ne le pouvait pas la nuit et il s'asseyait et restait éveillé de peur que le rêve ne revienne."

Posté par gambadou à 22:30 - roman étranger - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 juin 2008

La vie rêvée des plantes, de Seung-U Lee

51VDGxtTmGL parution 06/2007, 300 p, traduit du Coréen

Très étrange ce livre, à moitié roman, à moitié conte. Une belle écriture poétique, un plein d'amour, de tendresse mais aussi de violence psychologique.

Kihyon, frère cadet d'une famille de Corée du Sud, à un tempérament indépendant. Il fugue, vit de petits boulots. Son frère aîné, sur lequel repose beaucoup d'espoir, a perdu ses deux jambes lors de son service. Il vit depuis déprimé, sans avenir. Les chemins des deux frères vont se retrouver, sur fond de secret de famille, d'un amour partagé par eux deux, d'une maison perdue près de la mer.

J'ai eu un tout petit peu de mal au départ avec le style, et ensuite, je l'ai lu d'une traite. J'ai beaucoup aimé les errements de cet homme qui veut rendre la vie à son frère mais doit pour cela faire une croix sur ses propres désirs. Très beau texte.

Clochette a elle aussi beaucoup aimé.

Ce livre a été lu dans le cadre du défi de la rose, dans la série "livre avec un nom de plante dans le titre".

Extrait : "Je pouvais poser des questions à mon père, mais il n'était pas certains qu'il me réponde. J'avais envie de m'adresser à lui parce que sa façon de s'occuper de mon frère m'avait beaucoup touché. Il y avait, dans cette sollicitude paternelle, quelque chose de mystérieux et d'émouvant. Et puis, la conscience m'était venue que, en fin de compte, je le connaissais bien peu, ce père. Ma réflexion allait d'ailleurs au delà de sa seule personne : jusqu'à quel point connaissais-je ma mère et mon frère? Il me fallait m'avouer que je les connaissais fort mal les uns et les autres. Les membres de ma famille passaient trop peu de temps ensemble dans un même espace. J'en ressentais une sorte de tristesse. Une tristesse qui me submergeait."

Posté par gambadou à 21:45 - roman étranger - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 mai 2008

Partir, de Ben Jelloun Tahar

partir

Partir, c'est l'obsession de plusieurs jeunes marocains. Rejoindre l'Espagne si proche, ou la France... Vivre enfin...

Azel, Kenza, Malika, Soumaya, Siham, Noureddine... tous ont la même envie. Mais comment y parvenir ? Par bateau clandestin au risque de finir noyé?, par mariage blanc ? en vendant son corps ? Peu de solutions "légales" s'offrent à eux.

Ils vont tous essayer, certains vont y arriver, d'autres vont y laisser leur peau.

Mais pour ceux qui y arrivent, n'ont ils pas perdu leur âme dans cet exil ? La nostalgie du pays est très importante. Et la pression est immense : car il n'est pas question de revenir sans être devenu "quelqu'un".

On suit plus particulièrement Azel, qui va se prostituer pour partir, et sa soeur, Kenza.

Très belle écriture. J'ai juste regretté un peu de longueur sur la décente aux enfers d'Azel, et pas assez de descriptions d'une autre exilée qui a choisi une option plus "raisonnable" (garde malade), et qui, même si elle ne finira pas riche, va peut être mieux réussir son intégration.

Extrait : "Quitter le pays. C'était une obsession, une sorte de folie qui le travaillait jour et nuit. Comment s'en sortir, comment en finir avec l'humiliation? Partir, quitter cette terre qui ne veut plus de ses enfants, tourner le dos à un pays si beau et revenir un jour, fier et peut-être riche, partir pour sauver sa peau, même en risquant de la perdre... Il y pensait et ne comprenait pas comment on en était arrivé là; cette obsession devint vite une malédiction. Il se sentait persécuté, maudit et voué à survivre, sortant d'un tunnel pour déboucher dans une impasse. Son énergie, sa force physique, son corps bien bâti se dégradaient jour après jour. "

Posté par gambadou à 20:13 - roman étranger - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 avril 2008

Un enfant de l'amour, de Lessing Doris

un_enfant

   

Deuxième livre que je lis de cette auteure (après Vaincue par la brousse, son premier roman, qui fut un coup de coeur), et j’ai retrouvé avec plaisir son écriture fluide et riche.

Doris Lessing va nous raconter la vie de James, jeune anglais rêveur sans avenir, pendant la guerre 39-40. Il va être envoyé avec son régiment en Inde. Long voyage en bateau, ennui, maladie, chaleur… et lors d’une escale au Cap, il va rencontrer pendant quelques jours une jeune femme en mal d’amour. Pour lui, va naître un amour inconditionnel, une passion qui va l’aider à surmonter les 4 années d’attente en Inde. Mais pour elle, ce n’était qu’une escapade amoureuse. Rentré en Angleterre, à la fin de la guerre, il va continuer à fantasmer sur cet amour…

Très bonne description du voyage interminable, de ces femmes du Cap qui attendent les soldats comme une parenthèse de plaisir et de fête, l’attente interminable en Inde ou le régiment va "espérer" pendant des années une bataille contre les japonais, mais va plutôt servir à conserver la colonie…. Mais surtout, Doris Lessing sait à merveille décrire les caractères de ses personnages, leurs attentes, leurs envies.

Très bon livre, qui ne me laissera pas un souvenir impérissable mais qui a été très plaisant à lire.

Extrait : « Quand elle était arrivé en Afrique du Sud, Daphné avait reproché à Betty , la Sud Africaine de naissance et de culture, de se comporter devant son personnel comme si celui-ci n’existait pas. Un jour, Betty était sortie nue de sa salle de bains et avait traversé sa chambre, offerte à la vue du jardinier, qui travaillait juste de l’autre côté des portes-fenêtres. Elle était planté là, à discuter, en se brossant les cheveux, et virevoltait comme si l’homme n’était pas là. Quand Daphné lui avait dit ses quatre vérités, elle s’était rendu compte, pour la première fois que ses domestiques lui étaient devenus aussi invisibles que des serviteurs mécaniques. Ils étaient bien payés – car on n’est pas pingre au Cap (« Nous payons nos gens bien mieux qu’on ne le fait à Johannesburg ») ; bien nourris, ils se voyaient emmener régulièrement chez le médecin, accorder des généreuses heures de liberté. Mais pour Betty, ils n’existaient pas en tant qu’êtres humains. »

Posté par gambadou à 08:31 - roman étranger - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 avril 2008

La physique des catastrophes, de Pessl Marisha

la_physique 07/2007 - 600 p

Difficile de parler de ce livre.. Je n'ai pas été hyper déçue, comme Goelen qui a craqué avant la fin, je n'ai pas été hyper enthousiaste, comme nombreuses de mes amies qui m'ont donné envie de le lire, mais c'est un livre qui marque par l'originalité de son écriture.

Bleue Van Meer, 16 ans, enfant américaine surdouée est élevée par un père universitaire fantasque. Il l'élève dans les livres, et ses seuls références se trouvent dans les pages des nombreuses lectures qui parsèment sa vie. Une vie qui va basculer à la suite d'une rencontre... Elle prend donc la plume pour nous le raconter, et à chaque fois qu'elle se trouve devant une situation, elle met entre parenthèses les coordonnées du livre qui s'y réfèrent (or l'auteur à inventé ces nombreuses références) !!!

Jusqu'à la moitié du livre, j'ai trouvé que ça se traînait, et puis, tout à coup, troisième partie (page 330 quand même!!!) ça s'emballe pour devenir haletant à la fin !

Donc une critique mi figue - mi-raisin. Me restera ces nombreuses petites phrases notées ci-après, qui m'ont enchantée dans ma lecture.

"Ce fut une étreinte épique, héroïque, tentaculaire - superproduction, dix mille figurants (par opposition à brève, granuleuse, de série B)."

"Mon admission dans leur cercle magique se fit avec la douceur du Débarquement en Normandie."

"Chaque fois que tu quittais cette maison aussi légère qu'un grain de riz soufflé au chocolat, uniquement vêtue de ce que les libres penseurs qualifieraient unanimement de Kleenex, je n'ai rien dit, parce que j'ai considéré - à tort semble-t-il - que vu ton niveau d'éducation, tu finirais par te rendre compte que ce petit jeu de "je te tiens par la barbichette", que ces soi-disant amis, ces potes avec qui tu as choisi de traîner, ne sont qu'une perte de temps, que leur opinion d'eux-mêmes, et du monde, est, pour le moins, éculée. Mais tu sembles souffrir d'un grave cas d'aveuglement."

"Je me faufilais [...] le long des maisons d'un calme olympien, avachies dans leurs pelouses lisses comme des éléphants endormis sur une patinoire."

"Il sourit, exhibant deux incisives tordues cachées l'une derrière l'autre comme si elles avaient le trac."

"Âgé d'une quarantaine d'années, le cheveu mou couleur auburn et l'oeil las d'un maître nageur à la fin de l'été"

"Je savais combien c'était flatteur que Hannah vous parle en privé : elle vous attrapait comme un livre par la couverture, pliait hardiment votre tranche et scrutait vos pages à la recherche de l'endroit où elle avait  interrompu sa lecture, impatiente de connaître la suite."

" Le poigne du soleil perdait en force, et des ombres noires gisaient dans ma chambre comme des veuves maigrichonnes empoisonnées à l'arsenic."

"l'après-midi ressemblait à un adolescent à l'oeil éteint, à une baroudeuse qui traîne autour d'un bouge, à une guirlande de Noël fatiguée."

Posté par gambadou à 12:33 - roman étranger - Commentaires [28] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 mars 2008

Battement d'ailes, de Agus Milena

battement_d_ailes parution 02/2008 - 155 p - traduit de l'italien

J'avais beaucoup aimé "Mal de pierre" et j'avais hâte de retrouver l'écriture de cette écrivain.

J'ai été un peu déçue au début, je trouvais le texte plat et j'étais gênée par l'écriture qui est celle d'une petite fille de 10 ans puisque ce livre est en fait son journal intime... et puis, la magie a opérée et je me suis retrouvée prise par ce livre, par ce texte, et surtout par une ambiance particulière, une folie douce...

Comme dans Mal de Pierre, aucun prénom n'est donné (vous aviez remarqué?). Comme dans Mal de Pierre, nous sommes en Sardaigne. Les ressemblances s'arrêtent là. Madame a hérité d'une maison avec un terrain qui descend jusqu'à la mer. Les promoteurs lui en offre un bon prix, cela lui permettrait de vivre largement. Mais Madame refuse. Dans le petit hameau, deux autres familles : "les voisins" qui font des enfants mais ne s'en occupent pas, et la famille de la fillette qui écrit son journal. Elle observe, rêve, scrute et nous transmet la vie de ce petit bout de terre perdu, la vie de Madame, femme étrange, superstitieuse, cousant ses robes dans des vieux tissus, et ayant une sexualité débridée... ou l'aîné des voisins, artiste qui fuit la vie d'industriel que ses parents voulaient lui transmettre. Une grande finesse et de belles émotions, hors du monde.

Même avis chez Papillon

Extrait : "J'ai dit à Madame qu'à mon avis, elle est tombé amoureuse du docteur et elle a répondu que non, que ce n'est pas bien qu'elle tombe amoureuse du docteur, parce qu'il faudrait un miracle, et pas ses pauvres petits rites, pour qu'un homme beau, savant, intelligent, doux, sympathique, spécial tel que lui, daigne accorder un seul regard à une vieille fille ménopausée, ignorante et insignifiante. Et puis, qui nous dit qu'il n'est pas déjà marié? Qu'il n'a pas une compagne? Qu'il ne préfère pas les hommes. Bref, devant ces considérations et ces craintes, j'ai compris qu'elle était amoureuse."

Posté par gambadou à 20:36 - roman étranger - Commentaires [25] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 mars 2008

Vaincue par la brousse, de Lessing Doris

vaincue_par_la_brousse écrit en 1950, parution en déc 2007coup_de_coeur doris_lessing

Doris Lessing a reçu le prix Nobel de Littérature cette année.  Le comité Nobel a choisi de récompenser "la conteuse épique de l'expérience féminine, qui avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire scrute une civilisation divisée".

Elle a vécu une partie de son enfance en Rhodésie ou sa famille y cultive du maïs. En constante opposition avec sa mère, elle quitte rapidement l'école, et, à quinze ans, se trouve un emploi d'aide-soignante. A 36 ans, ne supportant plus l'apartheid elle quitte la Rhodésie et s'installe à Londres avec son fils ou elle entame sa carrière d'écrivain. Son oeuvre est souvent basée sur son expérience africaine et son enfance. Elle y décrit le conflit des cultures, les injustices de l'apartheid...

"Vaincue par la brousse" est son premier roman.

L'histoire se passe en Rhodésie à la fin des années 40. Mary est une jeune femme libre et sensible qui a quitté tôt sa famille de cultivateur pauvre. Elle vit en ville, a un travail de secrétaire qui l'intéresse, sort souvent avec des amis... mais des réflexions sur son célibat la pousse à chercher à se marier. Elle va rencontrer Dick, fermier dans le veld et va l'épouser, retrouvant avec horreur la vie de pauvreté et de solitude qu'elle avait fuit. Elle n'a rien à faire, refuse, par orgueil et fierté, le contact avec les autres fermiers, traite les "nègres" avec un ton acerbe et sarcastique et s'enferme petit à petit dans une dépression sans fond. Lui aime sa terre et sa ferme et à du mal à comprendre sa femme, sa torpeur et sa souffrance.

Une très belle écriture, douce et dure. Une description tout à fait juste des caractères, des émotions. Une histoire lente, pleine de désespoir et de chaleur. J'ai beaucoup aimé cette respiration, la montée en puissance de l'histoire qui devient haletante jusqu'au final. Très beau livre. J'ai envie d'en lire d'autre de cette écrivain.

Extrait : " Il avait vécu tant d'années uniquement en compagnie des travailleurs indigènes, occupé à tirer ses plans pour la prochaine saison, que son horizon avait finit par se rétrécir à la mesure de sa vie et il ne pouvait rien imaginer d'autre. Il ne pouvait surtout pas s'imaginer lui-même ailleurs que dans cette ferme dont chaque arbre lui était aussi familier qu'aux nègres et ceci n'était pas une figure de rhétorique; il connaissait chaque parcelle du veld qui le faisait vivre, et l'amour qu'il lui portait n'était pas le sentiment tendre et romanesque du citadin, non, ses sens s'étaient affinés au point qu'il percevait le bruit du vent, le chant de l'oiseau, sentait l'odeur de la terre, les moindres variations de température. Éloigné de la ferme, il ne ferait que dépérir. Certes, il avait envie de réussir, d'y vivre confortablement, de façon que Mary pût avoir tout ce qu'elle désirait si ardemment et surtout pour qu'il leur fût permis d'avoir un jour des enfants. Les enfants, il souhaitait tant en avoir, même à présent, et il n'avait pas renoncé encore à l'espoir qu'un jour, peut-être... Il n'avait jamais compris que l'avenir que Mary imaginait était hors de la ferme et que c'était là le but qu'il devait l'aider à atteindre. Quand il s'en rendit compte il lui sembla que sa vie chancelait sur ses assises. Il regardait Mary avec une sorte d'horreur, comme une créature étrangère qui n'avait pas le droit de vivre avec lui et de lui dicter ce qu'il avait à faire. Mais il ne pouvait se permettre de la juger ainsi car il comprenait ce que sa présence signifiait pour lui depuis qu'elle avait tenté de fuir."

Posté par gambadou à 19:51 - roman étranger - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 février 2008

Cochon d'Allemand, de Romer Knud

cochon_d_allemand parution 07/2007 - 183 p - traduit du danois

Knud est né au Danemark en 1960, dans une petite ville sans attrait et sans problème. Seul soucis, et de taille : la mère de Knud est allemande. Or au Danemark après guerre, la rancoeur contre les allemands est très forte. Knud va toute son enfance être traité de "cochon d'Allemand" et voir sa mère injuriée par la parole et les actes. Il verra ses cadeaux d'anniversaire régulièrement détruits par les bandes du quartiers, il sera régulièrement brutalisé, maltraité.

On suit aussi la vie de sa famille, sa mère bien sûre, qui a quitté l'Allemagne par amour pour son père. Sa grand-mère maternelle, défiguré pendant la guerre, qui vit à Francfort. Et toute la famille de son père qui n'accepte pas ce mariage avec une allemande.

J'ai trouvé le sujet bien vu (il s'agit d'un roman autobiographique), on sent le vécu, la douleur de cet enfant qui est toujours sur le qui-vive entre ses deux nationalités. Mais j'ai eu plus de mal avec le style : on passe d'une époque à l'autre sans césure. D'un paragraphe à l'autre on se retrouve en 1970 au Danemark, en 1940 à Berlin, puis en 1924 en Allemagne, et on revient en 1970.... Difficile de s'y retrouver. Je ne savais pas ou j'en étais, ou, avec qui... Cela m'a gêné et à un peu gâché ma lecture...

Vous pouvez allez voir les critiques de Bernard, la lettrine, Lily, Malice, Cathulu ...et bien sûre Antigone qui m'a permis de le lire en en faisant un livre_voyageur (vous pouvez allez vous inscrire...). Merci pour cette découverte.

Extrait : "...Père me prit en photo devant la maison, mère m'accompagna jusqu'à l'école communale, me dit au revoir devant l'entrée et m'embrassa sur la joue. Plein d'allégresse, je courus dans la cour grouillant d'élèves et de professeurs qui riaient, bavardaient et ne faisaient aucune attention à ce qui se passait autour. Je me sentis un peu déconcerté, mais soudain un élève remarqua ma présence, puis un autre, puis un troisième. Un instant plus tard, je me trouvai, vêtu comme je l'étais d'une culotte de cuir, Lederhosen, et de mi-bas verts, et serrant mon cornet, au centre d'un groupe d'élèves qui, d'une seule voix,entamèrent un chant, lentement et en battant la mesure. Bientôt, toute l'école s'était jointe à eux dans un refrain que j'allais entendre tout au long de la journée, durant les années à venir, durant toute ma vie : "Co-chon d'Alle-mand ! Co-chon d'Alle-mand ! Co-chon d'Alle-mand ! "

Posté par gambadou à 17:56 - roman étranger - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 janvier 2008

Zoli, de McCann Colum

zoli parution 07/2007 - 325 p - traduit de l'anglais

On est en 2003, en Italie. Zoli, tzigane tchécoslovaque de 70 ans, parle (ou écrit?) à sa fille . Elle lui raconte sa vie, son enfance en Tchécoslovaquie pendant la guerre 39-40, quand son peuple était poursuivi par les fascistes. C'est eux qui ont tué toute sa famille. Elle a été élevé par son grand père, fervent communiste. Elle nous fait connaître la vie de cette communauté, ses coutumes, son histoire.

Une des coutumes de ce peuple c'est le langage parlé, pas d'écrit. Or Zoli, contre l'avis de sa communauté, a appris à lire et à écrire. Ses poèmes, sa liberté, sa fougue vont être remarqués par deux hommes : un poète slovaque qui veut imprimer ses chansons, et Swann, assistant mi anglais-mi slovaque qui est éperdument amoureux. Mais l'écrit et l'amour hors du peuple tzigane sont interdits.

Zoli raconte aussi la fin de sa vie hors de sa communauté dont elle a été bannie, ses espoirs, les changements de sa vie mais aussi les changements de la communauté tzigane.

Au milieu de cette histoire, racontée par Zoli, un chapitre est écrit par Swann, l'amoureux transi, qui nous parle de sa relation avec Zoli et son incompréhension de ce monde qu'il ne connaît pas

Malgré quelques longueurs, j'ai beaucoup aimé ce livre. J'ai été émue par la vie de cette femme, par ses souffrances mais aussi par son immense courage, sa soif de vie et de liberté. J'ai découvert un peu du monde Tzigane. On a tendance à oublier qu'ils ont été massacrés par les nazis, puis anéantis par les communistes.

Ce livre a été lu dans le cadre du défi lecture nom_de_la_rose dans la catégorie "livre avec un prénom dans le titre".

Vous pouvez allez voir les avis enthousiastes de Bernard, Sylvie. Mais il y a aussi  Jules qui  a abandonné en cours de route...

                                Extrait : " Je n'arrive pas à expliquer pourquoi, si nombreux, ils nous ont détestés avec tant de ferveur et pendant tant d'années. Et si j'y arrivais, ça leur rendrait les choses encore bien trop faciles. Ils nous font taire en nous coupant la langue, ensuite ils viennent nous demander les réponses. Ils refusent de penser par eux mêmes, et ils méprisent ceux qui ont des idées. Ils ne se sentent bien qu'avec un fouet au dessus de la tête et , la plupart du temps, notre arme la plus dangereuse n'est qu'un chanson. Je suis pleine de souvenir de ceux qui ont vécu et de ceux qui sont morts. Nous avons aussi nos couillons et nos démons, chonorroeja, mais la haine des autres autour et partout, nous rassemble. Montre moi un seul coin de terre dont nous ne sommes pas partis, d'où ne partirons pas, un seul endroit qu'il n'a pas fallu éviter. Si j'ai maudit beaucoup des nôtres, nos supercheries, notre double langage, ma propre vanité et ma propre bêtise, le pire d'entre nous ne s'est jamais retrouvé avec les pires d'entre eux. Ils nous appellent leurs ennemis pour n'avoir pas à se regarder. Ils retirent la liberté de l'un pour la donner à l'autre. Ils transforment la justice en vengeance mais continuent à l'appeler justice. On attend de nous qu'on lise l'avenir, ou du moins qu'on lui vide les poches. Ils nous rasent la tête, nous traitent de voleurs, de menteurs, d'ordures, et nous demandent ensuite pourquoi on ne ferait pas comme eux."

Posté par gambadou à 22:23 - roman étranger - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 janvier 2008

Le lièvre de Vatanen, de Paasilinna Arto

vatanen écrit en 1975 , traduit du finnois

Un livre rafraîchissant et nature.

Vatanen, journaliste, va radicalement changer de vie à la suite d'un incident : un lièvre qui se fait renverser par sa voiture. Il va, avec lui, retrouver la nature, la liberté .

Derrière l'humour de chaque chapitre se cache une morale. Un livre très agréable à lire, plein de sensibilité. Et pourtant je n'ai pas été émerveillée, il m'a manqué un petit truc... Peut-être en attendais-je trop après toutes les critiques positives lues sur les blogs.....

Ce livre a été lu dans le cadre du défi lecture nom_de_la_rose dans la catégorie "livre avec un animal dans le titre".

Extrait : "Tôt le matin, Vatanen fut réveillé par le chant des oiseaux dans la bonne odeur de foin d'une grange. Le lièvre reposait au creux de son bras; il semblait suivre le vol des hirondelles qui se glissaient sous le faîte - elles construisaient sans doute encore leur nid, ou peut-être avaient-elles déjà des petits, vu l'ardeur qu'elles mettaient à entrer et sortir de la grange.

Le soleil brillait à travers les rondins disjoints, l'herbe de l'année passée était tiède. Vatanen resta près d'une heure allongé dans le foin, songeur, avant de se secouer et de sortir, le lièvre dans les bras.
Derrière l'ancien pré en fleurs murmurait un petit ruisseau. Vatanen posa le lièvre sur la rive, se déshabilla et se baigna dans l'eau fraîche. De petits poissons remontaient le courant en banc serré; ils s'effrayaient du moindre mouvement, mais oubliaient aussitôt leur peur.

Vatanen pensa à sa femme, à Helsinki. Il se sentit mal.

Vatanen n'aimait pas sa femme. Elle était, en un sens, méchante; elle avait été méchante, égoïste plutôt, tout le temps de leur mariage. Sa femme avait l'habitude d'acheter d'horribles vêtements, laids et peu pratiques, et de ne les porter que peu de temps, car à la longue ils ne lui plaisaient pas non plus. Sa femme aurait bien aussi échangé Vatanen si elle avait pu le faire aussi facilement qu'elle changeait de vêtements."

Posté par gambadou à 14:25 - roman étranger - Commentaires [30] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »