13 février 2008
Bérénice, de Racine
J'ai profité de ma formation à Paris pour une soirée théâtre, avec ma maman... Personne ne voulait l'accompagner voir Bérénice !!! et bien je dois dire à papa et à ma soeur qu'ils ont eu bien tort !!!
Quelle superbe pièce. Carole Bouquet joue une magnifique Bérénice, déchirée par son amour pour Titus. Titus joué par Lambert Wilson est désespéré de devoir choisir entre son amour pour Bérénice et la gloire d'être l'empereur de Rome. Et au milieu de ce couple fusionnel, Antiochus, amoureux transi de Bérénice, qui cache son amour derrière une amitié sans faille (joué par Fabrice Michel, très bon acteur).
C'est tellement bien joué que Racine devient fluide, évident, magnifique.
Une très bonne soirée passée dans un vieux théâtre , celui des Bouffes du Nord, qui a un décor naturel ancien qui convient tout à fait à cette pièce.
Si vous habitez dans le coin, profitez-en (en plus c'est un théâtre national, le prix des places est entre 12 et 24 €).
01 février 2008
Antigone, de Anouilh Jean
Et voilà, j'ai une pile de livres qui m'attendent au pied de mon lit, deux livres voyageurs apportés par mon postier, un troisième qui devrait arriver aujourd'hui et... je me replonge dans mes vieux livres !!! La faute à Antigone qui me titille avec son pseudo ! et qui a fait récemment un article sur ce grand homme qu'est Anouilh.
Cette pièce est pour moi un pur chef d'oeuvre, et depuis que je l'ai découverte, je ne cesse de la relire.
Antigone, si fière, si sauvage, si libre, Créon pris dans son rôle de roi, la beauté du texte...
Et comme quand je la relis je m'arrête sur des passages que je re-relis plusieurs fois !!! Je n'avance pas dans d'autres lectures !!! Mais quel bonheur.
Extrait : " Marie-toi vite, Antigone, soit heureuse. La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-là. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil. Ils te diront tout le contraire parce qu'ils ont besoin de ta force et de ton élan. Ne les écoute pas. Ne m'écoute pas quand je ferai mon prochain discours devant le tombeau d'Etéocle. Ce ne sera pas vrai. Rien n'est vrai que ce qu'on ne dit pas... Tu l'apprendras toi aussi, trop tard, la vie c'est un livre qu'on aime, c'est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu'on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c'est la consolation dérisoire de vieillir, la vie, ce n'est peut être tout de même que le bonheur."
14 décembre 2007
Le dieu du carnage, de Reza Yasmina
Quelle petit bijou cette pièce de théâtre. C'est mordant, plein d'humour féroce, drôle et cruel, un ravissement !!!!
Ferdinand, 11 ans, a donné, lors d'une bagarre de parc, un coup de bâton à Bruno, même âge. Celui-ci à deux dents cassés. Les parents vont se retrouver pour en parler "pour aplanir cette situation au lieu de l'envenimer". Mais le ton va rapidement monter, entre la mère de la "victime" très donneuse de leçon, le père qui essaye de ne pas s'énerver, et du côté du "voyou", le père qui se demande ce qu'il fait là "je suis déjà bien gentil d'être ici..." et la mère qui se rend malade du geste de son fils...
Cela finit en pugilat général....
C'est bien écrit, enlevé et jubilatoire. A lire.
Extrait :
"- Alain : Elle hurle. Quartier-maître sur un thonier du dix-neuvième siècle!
- Véronique : Et elle, elle ne hurle pas ?! Quand elle dit que son petit connard a bien fait de cogner le nôtre?
- Annette : Il a bien fait, oui ! Au moins on n'a pas un petit pédé qui s'écrase !
- Véronique : Vous avez une balance, c'est mieux ?
- Annette : Partons Alain ! Qu'est ce qu'on fait encore dans cette baraque ?"
21 décembre 2006
FREDERIK OU LE BOULEVARD DU CRIME, de Eric-Emmanuel Schmitt
Comme souvent, Eric Emmanuel Schmitt part d’un personnage qui a réellement existé. Il s’agit ici de Frederik Lemaitre.
Voici une courte biographie de cet acteur :

Antoine Louis Prosper (dit Frédérick) Lemaître est né au Havre le 28 juillet 1800, après la mort de son père, qui était architecte, il va à Paris où il vivra de petits boulots. Mais le théâtre l'attire, il fait des études au conservatoire, puis commence sa carrière d'acteur sur le boulevard du Crime. Formé à l'école du mélodrame, il créa le célèbre bandit Robert Macaire de L'Auberge des Adrets. Victor Hugo lui trouve du génie et lui fait interpréter ses jeunes premiers dans Lucrèce Borgia et dans Ruy Blas. Il créa aussi les rôles-titres de Kean de Dumas et de Hamlet de Shakespeare. Atteint d'un cancer de la gorge, il cesse de jouer en 1875, et meurt à Paris le 26 janvier 1876.
Nous retrouvons dans cette pièce cet acteur joueur, séducteur, révolutionnaire, et audacieux. Il refuse une proposition à la Comédie Française pour rester dans le théâtre de boulevard, plus proche du peuple.
Il semble prêt à tout sauf à l'amour. Et quand il rencontre Bérénice, une jeune femme amoureuse qui n'appartient pas au monde du théâtre il va devoir choisir : Les planches ou la passion ?...
Cette pièce se lit avec enthousiasme. On y retrouve tous les ingrédients des pièces de boulevard si chères à Frederik Lemaître. Bon moment de lecture qui nous replonge dans la vie théatrale de la fin du 19ème.
Extrait :
"Rémusat : le théatre m'inquiète.
Pillement : Non pas le théâtre, monsieur le Ministre, mais ces théâtres là, ces théâtres du boulevard du Temple. (A Frédérick) d'ailleurs je ne comprends pas qu'un acteur de votre talent moisisse sur ces scènes indignes, votre génie mérite la Comédie Française.
Frédérick : Qu'est ce que j'y gagnerais?
Pillement : J'ai dit la Comédie Française.
Frédérick : (répétant aussi comme à un sourd) : Qu'est ce que j'y gagnerais.
Pillement (suffoqué). Mais... mais... la considération.
Frédérick : Ils sont des centaines, là, dans la rue, à m'attendre pour m'acclamer ; certains soirs ils me portent.
Pillement : Je parlais de la considération des gens du monde.
Frédérick : Les femmes du monde montrent leurs diaments à la Comédie Française mais viennent rire et pleurer au boulevard."
J’ai vu que cette pièce allait ce jouer à Marseille en avril 2007 en théâtre musical. Pour ceux qui sont dans la région….
Sinon je vais, fin janvier, à une rencontre avec Eric-Emmanuel Schmitt, auteur touche à tout... je vous raconterai :-)
05 décembre 2006
LE VISITEUR, de Eric Emmanuel Schmitt
Il y a d'abord eu la demande de Virginie, qui propose un grand classement de nos 10 livres préférés. Puis, le commentaire de Bebeebook sur une pièce de théâtre.
Ces deux contributions m'ont permis de me replonger dans les livres que j'avais particulièrement aimé, et je m'aperçois avec étonnement, que parmi les 5 premiers, se trouvent deux pièces de théâtre : Antigone, d'Annouilh et les Visiteur, de Eric Emmanuel Schmitt.
Je ne présenterai ici que le second, sans doute moins connu. Cette pièce fait partie des premiers écrits d'Eric-Emmanuel Schmitt, avant qu'il ne deviennent auteur célèbre.
Nous sommes au début de la seconde guerre mondiale, en 1939. Freud est encore à Vienne, dans son cabinet. Il refuse de partir malgré les persécutions contre les juifs. Sa fille vient d'être arrêtée. Il est en plein questionnement, quand arrive alors un visiteur mystérieux, qui se présente comme étant "Dieu".
La conversation entre les deux personnages est simplissime mais débordante d'interrogation, de croyance et de mystère. C'est vraiment très bien écrit et très original.
J'ai eu la chance de voir cette pièce jouée au théâtre (c'est d'ailleurs comme ça que j'ai découvert cet auteur). Fut un temps ou le livre était difficile à trouver, mais je vois qu'il a été réimprimé en poche chez Magnard en scolaire/universitaire...
Si vous pouvez vous le procurer, vous aurez alors un petit moment de pure plaisir ....
Extrait
Freud " Très bien : vous prétendez que vous êtes Dieu? Prouvez le !
L'inconnu : pardon?
Freud : Si vous êtes Dieu, prouvez le ! Je ne crois que ce que je vois.
L'inconnu : Vous me voyez
Freud : je ne vois qu'un homme.
L'inconnu : Il a bien fallu que je m'incarne, si je m'étais manifesté en araignée, ou en pot de chambre, nous ne serions pas sortis de l'auberge.
Freud : Faites un miracle.
L'inconnu : Vous plaisantez ?
Freud : Faites un miracle !
L'inconnu (éclatant de rire). Freud, le docteur Freud, un des plus grands esprits du siècle et de l'humanité, le docteur Freud me demande un miracle... Comment voudriez-vous que je me change cher ami, en chacal, en soleil, en vache, en Zeus sur son fauteuil de nuages, en Christ sanguinolent au bout d'un pieu ou bien en Vierge Marie au fond de la grotte? Je croyais devoir réserver mes miracles aux imbéciles..."
04 décembre 2006
Mathilde, de Véronique Olmi
Et pourquoi pas une pièce de théâtre? Depuis la fin de la troisième, j'ai du en lire moins que les cinq doigts de la main, alors il est peut être temps de combler l'immense lacune.
Mathilde sort de prison, ou elle vient de passer trois mois, suite a des relations sexuelles avec un mineur de quatorze ans, dont elle semble ne rien regretter, impudique, toute a son plaisir, a la recherche du désir, et a la volonté de sortir d'une vie fade, ou elle ne vivait plus rien avec son mari. Son premier réflexe est pourtant de retourner chez elle. Elle a froid.
Son mari Pierre, cancérologue, a tout perdu dans l'affaire: sa femme, sa fierté, ses clients, son passe. Totalement déboussolé, il n'est pas allé voir sa femme une seule fois en prison. Mathilde lui en fait reproche. Le dialogue est alors fait de confrontations, de l'expression des regrets de la vie passée, des disputes du couple qui semble se prolonger avec le retour de Mathilde. Il ne semble y avoir d'autre issue qu'une séparation définitive, symbolisée par le carton contenant les vieilles affaires de Mathilde sélectionnées par son mari. Et pourtant, celui-ci va s'accrocher, en s'appuyant sur le métier d'ecrivain de sa femme...
Pas désagréable de revenir au théâtre dans ces conditions. La tension est permanente, comme dans tous les livres de Véronique Olmi. J'aurais bien aimé voir la pièce. Sans doute plus que lire le livre...
Olmi or not olmi, that is the question









